- LA COMÉDIE DU LANGAGE
- Ce que parler veut dire
- ou
- le patois des familles
- par Jean Tardieu
- extrait
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- LE PROFESSEUR
- (...) Mesdames et messieurs, avant d'aller plus loin, je
voudrais vous faire entendre un disque où sont
enregistrées quelques-unes de ces interjections, de ces
petits phonèmes brefs qui, émaillant notre
conversation, ne sont pourtant pas des mots véritables et
n'ont pour ainsi dire de sens que s'ils sont prononcés
d'une certaine facon. Comme vous le savez, en effet, les artifices
de la voix, tels que les intonations, les sons gutturaux, les
bruits de soufflent, les sifflements, les toussotements, les
claquements de langue, et caetera, n'ont pas encore l'honneur
d'être notés dans le langage écrit !... (On
apporte un phonographe. Le Professeur pose un disque sur le
plateau. Mais les interventions du Disque enregistrées sur
des « sillons » séparés et
repérés à l'avance vont, après un
début normal, "surprendre" le Professeur, comme si la
machine parlante était devenue subitement autonome et
douée d'une initiative propre. Le Disque, tantôt
imaginera une réplique, tantôt répétera
ironiquement ce que vient de dire le Professeur, à la
façon d'un malicieux écho ou d'un perroquet trop
bien dressé, le tout si rapidement que, même si les
répliques du Disque et du Professeur se chevauchent,
I'effet comique n'en sera pas moins obtenu.) Ecoutez d'abord les
« ouais » de l'incrédulité. (Le Disque
répète plusieurs fois: ouais... ouais... ouais...)
... puis le « ah ! là là ! » d'une
personne lassée, excédée, par quelqu'un qui
l'ennuie, qui, par exemple, lui fait faire un travail fastidieux,
trop connu, trop rabâché, dont cette personne
voudrait bien être délivrée. Écoutez
bien ce « ah! là là! ».
-
- Le disque commence à répéter plusieurs
fois: Ah ! là là !... Ah ! là là ! Le
Professeur, la tête penchée, I'index levé,
écoute son disque avec satisfaction. Soudain, celui-ci
ajoute quelque chose de son cru.
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- LE DISQUE
- Ah ! là là !... Ah ! là là !... Ce
qu'il est embêtant avec ses exemples!... Ce qu il est
embêtant avec ses exemples !... Ce qu'il est embêtant
avec ses exemples... Ah ! là là!...
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- LE PROFESSEUR, stupéfait et comme s'adressant au
Phonographe.
- Mais... mais... mais ! Je n'ai pas dit ça, voyons !
-
- LE DISQUE, imperturbable.
- Mais... mais... mais ! Je n'ai pas dit ça, voyons !
Mais... mais... mais! Je n'ai pas dit ça, voyons... Mais...
mais... mais! Je n'ai pas dit ça, voyons!...
-
- LE PROFESSEUR
- Je n'y comprends rien ! Mais c'est à devenir fou! Mais
c'est un scandale!... Mais cette machine est
possédée par le diable!... (En s'adressant au
Disque.) En voilà des initiatives !... Me faire ça
à moi !... Vous devriez avoir honte !... (Menaçant).
Je ne sais ce qui me retient...
-
- LE DISQUE, mélangeant ses répliques à
celles du Professeur et les répétant avec des
"variantes" imprévues.
- Je n'y comprends rien ! Ça ne fait rien ! Tu peux
toujours parler!... C'est à devenir fou!... Ne te
gêne pas !... Mais c'est un scandale !... Mais cette machine
est possédée par le diable !... Me faire ça
à moi !... Vous devriez avoir honte !... Je ne sais ce qui
me retient... (A ce moment, comme s'il y avait une panne
électrique, le disque ralentit et répète sur
un registre de plus en plus caverneux, sur un rythme de plus en
plus lent et lamentable:) ... Je ne sais ce qui me retient!... Je
ne sais ce qui me retient !... Je ne sais ce qui me retient !..
Puis s'arrête tout à fait
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- LE PROFESSEUR, s'épongeant.
- Ah ! là là!... (A peine a-t-il dit ce mot, qu'il
jette un regard inquiet et soupçonneux sur le Phonographe
-mais celui-ci ne dit mot. Alors le Professeur ajoute :). Ouf !
... (même jeu) Mesdames et Messieurs, je tiens à
m'excuser auprès de vous de cet incident technique.. (A la
cantonade.) S'il vous plaît... Délivrez-nous de cet
insupportable bavard !...
-
- On emporte l'appareil. Le Professeur suit des yeux le
déménagement et s'apprête, rassuré,
à continuer sa conférence lorsqu'on entend, dans la
coulisse, le Disque répéter en
"accéléré", c'est-à-dire sur un ton
suraigu et sur un rythme endiablé.
-
- LE DISQUE, dans la coulisse, comme furieux d'avoir
été emmené de force.
- Délivrez-nous de cet insupportable bavard !...
Délivrez-nous de cet insupportable bavard ! Délivrez
nous...
-
- La voix du Disque s'éloigne et s'arrête.
-
- LE PROFESSEUR, haussant les épaules et continuant.
- Afin d'oublier... Mesdames et messieurs... ce fâcheux
incident, je vais vous prier de participer à un petit jeu
scolaire qui, avec votre permission, doit me fournir d'utiles
renseignements sur l'usage de certains mots... Quels sont ceux
d'entre vous qui ont lu mon Dictionnaire des mots sauvages de la
Langue française ?
-
- Il tire un livre de sa poche.
-
- DEUX OU TROlS COMPÈRES placés dans les rangs des
spectateurs.
- Moi !... Moi, monsieur !... Moi, m'sieu !
-
- NOTA. -- On peut prévoir pour cette scène trois
compères dont un adulte et deux collégiens-- un
garçon et une fille de quinze ou seize ans. On peut aussi
imaginer que I'on imprime et distribue à l'entrée,
à chaque spectateur, la liste des mots avec leur
définition sur lesquels le Professeur va interroger les
élèves. Et cela pourrait être un jeu assez vif
auquel participerait le public.
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- LE PROFESSEUR
- Bon, bon, bon !... Heu... voyons ! Vous savez, je suppose, que
ce dictionnaire a, pour la première fois,
opéré le recensement de ces petits mots, en
apparence insignifiants, et cependant très répandus
-- diminutifs familiers, phonèmes imitatifs, etc.-- qui
émaillent notre discours et nous laissent apercevoir,
soudain, je ne sais quels reflets terrifiants du balbutiement
primitif des sociétés, je ne sais quels échos
d'une danse rituelle de sauvages en pleine forêt vierge:
galops des dadas, furie des zizis, boum-boum, des tam-tams,
papattes des bêbêtes, piques des coupe-kikis,
hurlements des totos et niam-niams, ondulement des chichis, des
dondons, et clic et clac et bing et crac, tralala, panpan, hop
Ià, poum! (S'étant un peu trop excité au
cours de cette énumération, le Professeur
s'éponge le front.) Voyons, vous, monsieur, voulez-vous me
donner la définition du mot bibi?
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- L'ÉLÈVE, récitant de façon
très scolaire.
- Un: première personne du singulier du pronom personnel:
moi, je, ma pomme, mézigue... Deux: petit chapeau
féminin... Trois: petit baiser.
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- LE PROFESSEUR
- Parfait... Et vous, mademoiselle, maintenant. Voulez-vous me
dire quelle est la signification du mot chou?
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- LA JEUNE ÉLÈVE
- Un, substantif: légume rond, replié sur un coeur
tendre. Deux, petit gâteau idem. Trois, petite personne
idem. Quatre, adjectif: aimable, complaisant, gentil.
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- LE PROFESSEUR
- Exemple:
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- LA JEUNE ÉLÈVE
- Soyez chou, emmenez Lolotte en teuf-teuf
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- LE PROFESSEUR, quêtant une réponse dans
l'assistance.
- Traduction ?...
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- UN ÉLÈVE
- Soyez assez aimable pour inviter Charlotte à faire une
promenade en automobile.
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- LE PROFESSEUR
- Parfait !... Et maintenant, le sens du mot Dudule?
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- UN ÉLÈVE
- Diminutif de Théodule. Par extension, sert aussi de
diminutif pour Alfred, Gaston, Ambroise, Pierre, Eusèbe,
Emile et Antoine.
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- LE PROFESSEUR
- Dondon ?
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- UN ÉLÈVE
- Dame ayant de l'embonpoint. La grosse dondon est la femme du
gros patapouf.
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- LE PROFESSEUR
- Cz... cz... cz... cz...
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- UN ÉLÈVE
- Phonème strident par lequel on excite au combat contre
un adversaire, quelqu'un pour qui l'on prend parti. Exemple:
« Cz... cz !... » faisaient les Romains pendant le
combat des Horace et des Curiace.
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- LE PROFESSEUR
- Brr!... brr!...
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- UN ÉLÈVE
- Primo: accueil glacial. "Le ministre vient de me recevoir,
brrr!. ." Secundo: épouvante. « Brrr!... Un
fantôme! .. . »
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- LE PROFESSEUR
- Attention, maintenant. Qu'est-ce que le kiki ?
-
- UN ÉLÈVE
- Premier sens. On admet que cet organe se situe à un
point quelconque entre les maxillaires et les clavicules. Serrer
le kiki, étrangler. Exemple: "I'État serre le kiki
des gogos". L'État moderne étrangle les
contribuables. Deuxième sens: adjectif, mesquin,
médiocre. Voir aussi rikiki.
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- LE PROFESSEUR, d'un geste de la main, appelle aussitôt
la réplique d'un autre élève.
- Rikiki ?
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- UN AUTRE ÉLÈVE
- Rikiki: mièvre, petit, d'une conception
étriquée. Le style rikiki n'est pas le style rococo.
-
- LE PROFESSEUR, même jeu.
- Rococo ?...
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- UN ÉLÈVE
- Voir coco. Le coco est au rococo ce que le kiki est au rikiki.
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- LE PROFESSEUR, même jeu.
- Coco ?...
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- UN ÉLÈVE
- Un, de barocco, baroque. Terme d'esthétique: art
périmé ou académique. La peinture coco
employait des couleurs caca.
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- LE PROFESSEUR
- enchaînant très rapidement par gestes, comme aux
enchères à chacune des définitions suivantes.
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- UN ÉLÈVE
- Deux: nolx de coco, fruit exotique. Au figuré,
crâne chauve.
-
- UN AUTRE ÉLÈVE
- Trois: jus de réglisse très
apprécié des Iycéens.
-
- UN AUTRE ÉLÈVE
- Quatre: nom d'un stupéfiant. "Il prend de la coco."
-
- UN AUTRE ÉLÈVE
- Cinq: oeuf à la coque, diminutif de la première
syllabe de Colomb, Christophe. D'où: l'oeuf de Colomb.
-
- UN AUTRE ÉLÈVE
- Nom du perroquet apprivoisé. "A bien
déjeuné, Coco?"
-
- AUTRE ÉLEVE, très vite. Autres expressions:
« mon coco », terme affectueux, «un joli
coco», un sale type, «un drôle de coco»,
personne bizarre.
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- LE PROFESSEUR, se frottant les mains.
- C'est parfait. Voici une excellente leçon... Je vous
remercie. (Il remet le dictionnaire dans sa poche.) Terminons,
voulez-vous, sur un exemple d'importance, puisé, comme tout
à l'heure, dans le groupe de mes observations sur les
« langages familiaux ». Ici, nous allons voir une
famille aux moeurs respectables, et même austères,
adopter pour son usage particulier -j'allais dire: pour l'usage
interne-- une langue étrange, une sorte d'argot
privé, un «sabir» composé presque
uniquement de vocables empruntés au langage enfantin. Ces
vocables, vous ne l'ignorez pas, sont de deux sortes. Il y a les
mots inventés par les petits enfants eux-mêmes,
c'est-à-dire des mots courants simplifiés ou
déformés. Exemples: « mazé » pour
«manger». «Toutou» pour le chien. «Toutou
a mazé fiture.» Le chien a mangé de la
confiture.» Et puis, il y a ces mots touchants et ridicules
qu'inventent les grandes personnes --bien à tort, il est
vrai!-- sous prétexte de «se mettre à la
portée des enfants». Ces mots consistent, le plus
souvent, en syllabes à répétition niaise et
bêtifiante. Exemples classiques: «Toutou»
(déjà nommé) pour «le chien»,
«dada» pour «le cheval» ou «lolo»
pour «le lait». La famille-type qui va vous être
présentée, en une courte scène, emploie
exclusivement ce vocabulaire, dès que ses membres se
trouvent réunis pour ainsi dire "à huis clos". Par
contre, ces braves gens recouvrent instantanément l'usage
du français normal dès qu'ils se trouvent en
présence d'une personne étrangère à
Ieur groupe. C'est là ce que j'ai appelé le
«Dialecte défensif d'appartement», ou plus
simplement: le «blabla de bébé». Voici
d'abord Monsieur Z..., rentrant chez lui accompagné d'un de
ses amis. Comme vous pourrez le constater, il parle, pour le
moment, de façon très normale.
-
- Le rideau s'est levé sur une pièce quelconque.
Monsieur Z... ouvre la porte, s'efface pour laisser passer son
camarade et entre après lui en secouant son trousseau de
clés avec satisfaction.
-
- MONSIEUR Z...,il est d'un aspect sévère et
suffisant. Un lorgnon d'or tremble sur son nez.
- Et nous voici arrivés ! (Soupir de contentement.) Mon
cher tu me feras bien le plaisir d'accepter quelque chose, avant
de repartir?
-
- L'AMI, consultant son bracelet-montre.
- Non vraiment. Merci mille fois, car je dois rentrer. Mais je
suis ravi d'avoir pu bavarder avec toi jusqu'ici... Ainsi, tu
estimes que, dans cette affaire, mon intervention ne te serait
d'aucun secours?
-
- MONSIEUR Z...
- Mais non, mon bon, mon cher ami! Mais non!... Note que je ne
te suis pas moins reconnaissant de tes offres. Ah! ah! tu es un
ami, toi, un vrai-- et moi aussi d'ailleurs! Nous
mériterions que l'on applique à notre vieille
amitié ce qu'écrivait ce... grand essayiste, en
parlant de... Il hésite.
-
- L'AMI
- Eh bien, de... cet autre! Allons ! Au revoir et mes respects
à ta femme.
-
- MONSIEUR Z...
- Au revoir, au revoir, mon vieil et excellent ami!
-
- Exit l'ami. Aussitôt après, apparaît Madame
Z...
-
- LE PROFESSEUR, à mi-voix.
- Voici Madame Z... Observez bien le changement!
-
- MONSIEUR Z..., toujours aussi digne.
- Coucou à la mémère! Bozou la dadame
à bibi!
-
- MADAME Z..., avec naturel
- Bozou le peussieu ! Kiki c'était qu'était
avé le peussieu?
-
- MONSIEUR Z...
- C'était le zami.
-
- MADAME Z...
- L'est déjà pati, le zami ?
-
- MONSIEUR Z...
- L'est pati, pati.
-
- MADAME Z...
- Pouka qu'est pati ? Pouka qu'est pu là ? Pouka qu'a pas
mazé avé nous, le zami?
-
- MONSIEUR Z...
- Paque vite-vite râtrer mizon avé teuf-teuf.
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- LE PROFESSEUR, traduisant à mi-voix.
- Parce qu'il avait hâte de rentrer chez lui en taxi.
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- MADAME Z...
- L'avait ben cavaillé, le ché peussieu à
la dadame?
-
- LE PROFESSEUR, même jeu.
- Mon cher époux a-t-il bien travaillé ?
-
- MONSIEUR Z..., rêveur, avec un soupir.
- Eh oui ! Cavaillé ! Ben cavaillé ! Bôcou
cavaillé ! Touzou cavaillé, pou gagner sou-soupe
à dadame et bébé.
-
- MADAME Z..., soupçonneuse.
- Tur-lu-tu-tu ! Ben vrai, ben vrai ? Cavaillé ou pas
cavaillé ?
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- MONSIEUR Z..., indigné.
- Coba, pas cavaillé ! A fait bla-bla poum-poum
avé les plouplous du tralala !
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- LE PROFESSEUR, même jeu.
- Comment ! Je n'ai pas travaillé ! Je n'ai pas
cessé de parler et de discuter avec les plus importants
délégués du Comité !
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- MADAME Z..., secouant son index avec un reproche gentil.
- Ah ! le peussieu encore fait kili-kili avé Mizelle Tac
Tac! La dadame permet kili-kili, mais pas cou couche!
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- LE PROFESSEUR, même jeu.
- Je parie que mon époux a encore flirté avec sa
secrétaire. «Mizelle Tac-Tac», c'est mot à
mot: «La
demoiselle-à-la-machine-à-écrire.» Le
reste... hem... se comprend de soi-même.
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- Pendant la réplique du Professeur, la Bonne est
entrée à l'improviste, une pile d'assiettes sur les
bras.
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- MONSIEUR Z..., recouvrant tout a coup l'usage du parler
normal. D'un air sévère et offensé.
- Mais non, voyons ! Que veux-tu dire? C'est une ridicule
plaisanterie. Je n'ai aucune familiarité avec mon
personnel, tu le sais bien!
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- MADAME Z..., de même.
- Bon, bon! mon ami! Admettons que je n'aie rien dit!
-
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- Rideau.
- LE PROFESSEUR, toujours devant le rideau.
- Ainsi, mesdames et messieurs, se termine notre promenade
à travers les curiosités sociales du langage
contemporain. Elle n'était guère rassurante, cette
promenade! Nous avons vu partout l'à-peu-près se
substituer au mot propre, le geste remplir les vides béants
du vocabulaire et le galimatias enfantin envahir le langage des
adultes!... (Changeant brusquement de ton.) Et maintenant, au
dodo!
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- Le professeur disparaît derrière le rideau.
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