Quel enfant ayant vŽcu les coutumes diverses sĠattachant aux ftes religieuses ou nationales, ne voudra transcrire ce qui en ces mmes occasions, se pratique dans son village, dans sa ville, dans sa citŽ ?

 

Il apporte lui aussi sa contribution aussi modeste soit-elle ˆ cette culture, ˆ ce savoir, ˆ cette science encore dans le stade primitif de sa construction, une de celle qui peut le plus passionner.

 

Le milieu local o sĠŽcoule la vie de lĠenfant fournit ˆ la sensibilitŽ et ˆ lĠintelligence des ŽlŽments essentiels de dŽveloppement, et la personnalitŽ est  fortement imprŽgnŽe par des courants affectifs qui dŽbouchent de lĠambiance.

 

Par des recherches personnelles, lĠenfant apprend ˆ connaitre la source de ses joies, de cette Žmotion o trempe son cÏur, de son intŽrt qui lĠaccroche si fortement aux dates traditionnelles.

 

LĠimportance de cet aspect du milieu o sĠancre la vie affective  de lĠenfant nĠa pas ŽchappŽ ˆ mon action pŽdagogique, car jĠai toujours                    souhaitŽ inspirer en chaque enfant une personnalitŽ totale.

 

EmportŽ dans le mouvement dĠune culture qui se construit, lĠenfant adoptera lĠattitude intellectuelle de chercheur qui voit des trŽsors dans les simples choses de la vie familire.

 

LĠŽtude mŽthodique de ce qui lĠentoure lui  apprendra que le savoir sĠalimente dans la rŽalitŽ vivante qui est le domaine de tous les esprits de bonne volontŽ.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

EXPLOITATION DĠUN THEME DU MILIEU DE LĠENFANT

 

Ç LE MOUTON DE LĠAID È

 

   Aprs deux jours de congŽ accordŽs ˆ lĠoccasion de la fte de lĠA•d-El-KŽbir (fte du sacrifice), je me retrouve le mercredi 18 fŽvrier 1971, avec mes 34 Žlves.

 

   Ce jour lˆ, lĠŽlve Naib arrive avec du retard en se tenant le ventre.

Belkenadil, lĠun de ses camarades lĠair intriguŽ, sĠexclame aprs rŽflexion :

 

 -Ç Monsieur, Naib a mal au ventre parce quĠil a mangŽ trop de  viande ! È

 

   Evidemment la classe rit aux Žclats, mais je saisis lˆ lĠoccasion de procŽder ˆ une nouvelle leon de langage qui nĠŽtait pas prŽvue au dŽpart. Vous vous imaginez aisŽment que cĠest dans la bonne humeur, que cette leon a dŽbutŽ.

 

  Naib passe sur scne afin de rŽpondre aux questions qui lui sont  posŽes par ses camarades, et qui justifieront ou pas, lĠaffirmation de Belkenadil.

 

     Q : -  quĠas-tu mangŽ pour avoir mal au ventre ?

   R : -  jĠai mangŽ beaucoup de viande.( on note alors la joie de Belkenadil qui a vu juste).

 

   Q ;  avez- vous fait le mŽchoui ?

   R : oui, bien sur.

 

   Q ;  avez-vous donnŽ de la viande aux pauvres ?

   R : mes voisins sont pauvres, alors mon pre et ma mre ont pensŽ ˆ eux.

 

   Q : as-tu aidŽ ton pre ?

   R : jĠai coupŽ le bois et aidŽ ma mre ˆ allumer le feu pour le mŽchoui.

 

   Q : ta mre a-t-elle fait des g‰teaux ?

   R : non, ce nĠest pas lĠAid-El-SŽguir, cĠest lĠA•d-el-kŽbir, et ce jour lˆ, on Žgorge le mouton.

 

   Je suis intervenu pour arrter le dŽbat et cĠest ˆ partir des questions   posŽes et des rŽponses obtenues que jĠai organisŽ un premier travail dĠexploitation.

 

-      reprise des phrases incorrectes

-      mise en ordre des rŽponses

-      Žlaboration en commun dĠun premier texte servant ce jour-lˆ de base de lecture.

-       

   Les enfants rŽpondaient spontanŽment car cĠŽtait un thme qui leur Žtait familier et connu, et qui relevait bien du Ç  milieu È.

 

   LĠoccasion sĠoffrait ˆ moi pour exploiter une situation que je savais ne pas pouvoir rencontrer ˆ un autre moment de lĠannŽe.

.

  Quand ˆ la manire avec laquelle je procŽdais :

 

    - libertŽ au langage oral o je donne mon avis comme un simple participant, et non en tant que ma”tre.

   - maintenir lĠesprit de bonne humeur et de joie au sein dĠun tel dŽbat,

  - enfin, le r™le pŽdagogique proprement dit qui consiste ˆ reprendre,                            corriger, ordonner le travail spontanŽ des Žlves.

 

 

 

 

 

 

 

Exploitation dĠun thme libre

 

 

   1 – idŽe directrice :

 

                              Point de dŽpart.

 

   Le centre dĠintŽrt a ŽtŽ crŽŽ ˆ partir dĠun fait divers : mal de   ventre ressenti par lĠŽlve Naib et constat de son camarade Belkenadil.

 

  La mŽthode prŽconisŽe sera lĠinverse de la mŽthode ordinaire ˆ savoir que le point de dŽpart sera lĠexpression orale et Žcrite sur laquelle se grefferont toutes les autres disciplines.

 

   2 – expression orale :

 

                                - thme puisŽ du milieu de lĠenfant. Il fait partie dĠautres thmes ˆ exploiter ! (ftes traditionnelles, Žvnements, etc.)

                                -  la simplicitŽ doit dominer : cĠest le niveau de la classe qui commande.

                            - appui possible : histoire ou gŽographie (disciplines ŽtudiŽes en arabe : question de traduction).

                               - orientation :

  Le mouton et tout ce qui se rapporte ˆ cet animal

 Le papa et le mouton : tout ce qui peut avoir un rapport entre eux.

 

   3 – lecture :

 

                  -Elaboration de textes de lecture. CĠest la partie la plus importante du systme: consolidation des acquis (sons, chasse aux mots)

 

 

Parties du texte :

-      historique de la fte de lĠA•d-el-kŽbir

-      lĠachat du mouton

-      le mouton arrive ˆ la maison

-      le jour de fte

-      le sort du mouton

-      la prŽparation du mŽchoui

-      le repas en famille

-       

         4 – grammaire :

 

                        - mŽthode naturelle : exemples et supports puisŽs du texte de lecture rŽalisŽ en commun.

                        - dŽcouverte de sous-ensembles de la phrase

                        - dŽcouverte des relations matŽrialisŽes par :

le trait             qui signifie : va avecÉ.         se rapporte ˆÉÉ.

 

 

      5 – calcul :

                       - Žtude du calendrier : temps ŽcoulŽ entre les deux ftes                                          de lĠA•d.( mois,qinzaines, semaines,)

 

-      la monnaie : diffŽrentes faons de payer le mouton.

 

-  Žtude des prix :

                       - le prix dĠachat du mouton

- les frais de transport

                       - le prix de revient du mouton.

-                                          

     6 – partie culturelle :

 

                               - enqutes, recherches, (projet de rŽalisation dĠune bibliothque de travail(BT).

                                   - Žlaboration de la carte dĠidentitŽ du mouton.

                                -illustration  des diffŽrentes phases du dŽpeage du mouton et de la prŽparation du mŽchoui.

                                   - pome sur le mouton.

 


Historique

 

 

Une nuit, le prophte Ibrahim a vu dans un rve quĠAllah lui ordonnait de sacrifier son fils Ismail.

 

Le lendemain, il dit ˆ sa femme :

 

Ç  Mets des vtements propres ˆ notre enfant. Lui et moi, allons faire une promenade. È

 

LorsquĠils arrivrent au bas dĠune montagne, le pre dit ˆ son fils : 

:

Ç  Ismail, Dieu mĠa ordonnŽ de te sacrifier !È 

Ç  Que lĠordre dĠAllah soit exŽcutŽ ! È

 

Le prophte met un foulard autour des yeux  de son fils, lĠallonge ˆ terre. Il sort son couteau, mais au moment o il dŽcide de lĠŽgorger,

lĠange Jabrail le retient par le bras et lui dit :

 

Ç O Ibrahim ! Tu as ŽcoutŽ les paroles dĠAllah, ne sacrifie pas Ismail et reois ce mouton en rŽcompense de Dieu. È

 

CĠest ˆ partir de ce moment lˆ que les musulmans sacrifient chaque annŽe le mouton pour lĠA•d-el KŽbir ou lĠA•d-El-Adha (fte du sacrifice).

 

 

        

Texte mis au point dĠaprs une enqute des Žlves auprs de leurs parents.

 

 


LE  SACRIFICE  DU  MOUTON

 

Au souk, papa a achetŽ un gros mouton pour la fte de lĠA•d-El kŽbir.

Samedi jour de fte, de retour de la mosquŽe, mon pre se prŽpare ˆ  Žgorger le mouton.

Il  le couche ˆ terre, lui attache trois pattes avec un bout de corde. Le mouton ble : Ç bÉbÉ È

Mon grand frre saisit lĠanimal par le cou, et papa lĠŽgorge avec son poignard.

Beaucoup de sang coule. La bte bouge, bouge et meurt.

 

Le mouton reste immobile. Papa sĠapproche du mouton, fait un trou dans la patte de derrire et y enfonce un b‰ton fin et pointu

Il souffle trs fort et voilˆ que le mouton gonfle.

 

De la main, il tape sur le ventre, puis enlve la peau, la tte et les pieds.

 

Il pend le mouton par les pattes de derrire ˆ la branche dĠun arbre, ouvre le ventre, retire lĠestomac (panse) , les intestins, le foie, les poumons et le cÏur. JĠemporte le tout ˆ maman qui se trouve dans la cuisine et qui prŽpare le feu dans un kanoun : (fourneau ˆ charbon) pour les grillades.

 

 Sur les braises, elle pose une grille sur laquelle elle dispose des morceaux de viande, (abats).

 

Mon pre enveloppe le mouton dĠune grande serviette et le suspend

au crochet fixŽ ˆ un mur de la cuisine.

 

Nous nous rassemblons dans une salle pour manger. Maman donne ˆ chacun de nous sa part de viande grillŽe, un morceau de pain et une orange. Le chat est ˆ cotŽ, lui aussi aura sa part de viande.

 


LE  BOUZELOUF

 

Aprs le repas, ma mre prŽpare  le bouzelouf. Elle dŽpose la tte et les pieds du mouton sur les braises, gratte la laine brulŽe avec un couteau puis lave le tout.

Avec une h‰che, elle dŽcoupe la tte en quatre morceaux, met dans la marmite de lĠhuile, du safran, du poivre noir, du sel, de lĠoignon, des carottes, des pois-chiches.

Quelques instants aprs, elle ajoute de lĠeau, les morceaux de viande et pose la marmite sur le feu. Ce sera notre diner.

 

Le lendemain, papa dŽcoupe le mouton avec un h‰choir.

Une partie est donnŽe ˆ une famille pauvre qui nĠa pas pu acheter le mouton, une part pour la famille et le reste pour le mŽchoui (poitrail du mouton) et les repas.

 


LE   MECHOUI

 

Papa prend un long et gros b‰ton pointu quĠil enfonce dans le poitrail du mouton. Avec du fil de fer, il attache les deux bouts, puis rŽpand du sel sur toute la viande.

 

Il allume un grand feu de bois et pose au bord du feu une grosse pierre qui lui servira ˆ faire tourner facilement le mŽchoui.

 

Une heure environ plus tard, quand le mŽchoui est bien cuit, maman prŽsente ˆ papa une table basse (meida) sur laquelle il va dŽcouper la viande

.

Il est midi, cĠest lĠheure du repas. Nous allons manger le mŽchoui avec un bon couscous prŽparŽ par ma mre. Papa nous dit : Ç Mes enfants ! Mangez lentement et mangez aussi de lĠoignon que votre maman a dŽcoupŽ en petits morceaux pour ne pas avoir mal au ventre.

 


CARTE  DĠIDENTITE  DU  MOUTON

 

Le mouton est de la famille des animaux domestiques.

 

  Le bŽlier                           la brebis                          lĠagneau- lĠagnelle

 

 

  Le m‰le                           la femelle                         les petits

 

La maison du mouton               la dŽfense                  le cri       

 

 

La bergerie                               les cornes                   ble

 

 

                                     La nourriture du mouton

 

      LĠherbe- lĠavoine- lĠorge- la paille- le son- le fourrage- lĠeau

.

 

                                     Le mouton est ŽlevŽ pour :

 

 Sa viande                                 sa laine                            sa peau

 

LĠA•d-el KŽbir                     des couvertures                  des chaussures                        

LĠachoura                             des tapis                             des vtements

Le mariage                           des coussins                        des cartables

La naissance                         des tricots                           des sacs

Le dŽcs                                                                           des tambour

LĠOuadda (ftes)                                                             des gants

La rŽussite ˆ un examen

 

                                                POESIE

 

 

      .Thme :      le  mouton  de  lĠA•d.

 

 

 

                                       Mon   mouton.

 

          Mon mouton est blanc,

 

          Ses cornes sont noires,

 

          Il est mignon.

 

          Ds quĠil me voit,

 

          Il mĠappelle : bÉbÉ

 

          Je lui donne du lait

,

          Il mange aussi de lĠherbe.

 

          Il part avec moi au jardin

,

          Il saute, il court, il est trs content.

 

          Le soir, je lui donne du sucre

 

          Et je lui souhaite : Ç  Bonne nuit È.

 

 

                                                                      DJAMEL